
Dix lettres, deux mots… METAL PULSE #2 frappe fort le 9 mai 2026 aux Triplettes Social Club. Place pour ouvrir le bal à SANS ROI, formation clermontoise dont le nom claque comme un cri d’émancipation.
SANS ROI. Deux mots issus de La Victoire des Sans Roi de Pacôme Thiellement, incarnant une liberté totale d’expression. Leur “Dark Metal” indéfinissable mêle noirceur mystique, tension heavy et profondeur conceptuelle, punk dans l’âme malgré une sophistication assumée. Une trilogie “Des Arts” ambitieuse défie l’ère des singles avec une vision à long terme.
Nous explorons ce refus du “roi”, l’équilibre entre profondeur et impact live, ce rapport au temps long face à la consommation rapide, et leur place dans la scène clermontoise exigeante.
Dans cette interview, SANS ROI dévoile son essence rebelle, prêt à enflammer les Triplettes Social Club avec une énergie brute et inventive.
Votre nom, SANS ROI, résonne comme une déclaration de principe. Dans une scène où l’imagerie du pouvoir, de la domination ou du sacré est omniprésente, que signifie pour vous ce refus du “roi” ? Est-ce un positionnement politique, philosophique, existentiel ? Et comment cette posture irrigue-t-elle votre écriture, votre son, votre manière d’occuper l’espace scénique ?
Salut,
Alors le terme positionnement me semble un peu fort, mais pour te répondre, cela tendrait clairement plus du côté existentiel, et peut-être un peu philosophique.
Après, l’expression Sans Roi est avant tout tirée du livre de Pacôme Thiellement, La victoire des Sans Roi, dont on retrouve certaines interventions sur notre premier album.
Pour moi, Sans Roi, c’est surtout une formule efficace qui souligne une liberté d’expression et de pensée, un affranchissement, une volonté de détruire les formes : deux mots aux multiples interprétations qui invitent à l’émancipation intérieure et au « chamboulement des codes ».
À ce sujet, je peux déjà annoncer que notre prochaine trilogie, dite « Des arts », gardera un côté résolument metal et agressif, mais sera parsemée de titres beaucoup plus aventureux dans le son et la composition. Pour tout dire, sur le prochain album, il y a un morceau : c’est carrément du Depeche Mode, groupe dont je suis fan et auquel j’avais envie, modestement, de rendre hommage.
À part peut être chez Ulver, on ne trouve pas souvent de tels grands écarts… C’est vraiment ce genre de liberté que l’on souhaite se permettre sous l’expression Sans Roi, bien loin de l’histoire, de la politique ou même de la philosophie gnostique, bien que l’on y fasse ici ou là référence.
Votre musique navigue entre noirceur mystique, tension heavy et densité presque philosophique. Comment trouvez-vous l’équilibre entre profondeur conceptuelle et impact frontal, notamment en live, pour que l’expérience reste organique et non démonstrative ?
C’est finalement quelque chose d’assez naturel d’assembler tout ça. J’ai toujours fonctionné en naviguant entre les extrêmes. La philosophie, l’art, les disciplines marginales m’ont beaucoup intéressé, mais à côté de ça, ma vie a plutôt été une succession d’expériences assez rock’n’roll.
Du coup, c’est un peu l’essence du projet : une musique un peu « sophistiquée », mais punk dans l’âme. Sur scène, on joue de manière brute ; la partie conceptuelle est uniquement présente dans les textes au final.
Vous avez annoncé une ambition au long cours avec ces trilogies conceptuelles, presque comme un grand grimoire découpé en chapitres. Comment vivez-vous ce rapport au temps long dans une époque dominée par les singles, les playlists et la consommation rapide de musique ?
Il y a quelques jours, je suis tombé sur la vidéo d’un type qui expliquait comment un groupe « devait percer » : écrire un single, multiplier les vidéos courtes à partir du clip et inonder les réseaux jusqu’à atteindre une certaine cible, puis mettre le clip en ligne avec un boost promotionnel, tout en insistant bien sûr sur le fait de ne surtout pas produire un album complet, ce qui lui paraissait obsolète.
Sans vouloir partir en croisade et dénoncer les nouveaux modes de production, je dois reconnaître que je reste attaché aux groupes qui ont une vision globale de leur travail. Ce genre de démarche me semble davantage ressembler à la vente d’un produit quelconque qu’à un projet artistique.
D’un côté, on pourrait s’offusquer de voir que cette consommation devient un peu la norme ; d’un autre, je vois ça comme une équation qui permet de faire « le tri ». Nous, on a annoncé neuf albums sur neuf ans, donc certains s’y intéresseront sur le long terme, alors que d’autres trouveront peut-être ça ridicule ou mal calculé. Pour nous, cela permet de garder un cap et surtout le challenge est très stimulant.
La scène locale joue souvent un rôle fondateur dans l’identité d’un groupe. Comment percevez-vous votre place dans le tissu clermontois et plus largement dans l’underground français ? Qu’est-ce que cette scène vous a appris sur l’exigence, la sincérité et la survie d’un projet artistique aujourd’hui ?
J’ai été assez actif par le passé sur la scène locale, mais je dois avouer que j’ai un peu lâché, même s’il y a toujours de très bons groupes, notamment dans la scène extrême.
Concernant notre place dans l’underground, je dois reconnaître qu’elle reste encore à définir. Nous avons un son que nous espérons le plus reconnaissable possible, mais qui reste assez compliqué à qualifier. Nous ne sommes clairement pas un groupe de black metal au sens propre du terme, ni death, ni thrash, ni heavy, ni mainstream, ni underground…
Par la force des choses, nous nous sommes arrêtés sur « l’étiquette » Dark Metal — une scène qui, finalement, n’existe pas vraiment, même à l’international.
Pour la blague à deux pièces : il y a « Les Bâtards du Roi ». Sans roi, ce sont les bâtards tout court 😂
Pour conclure, la survie d’un projet artistique aujourd’hui me semble extrêmement fragile : trop de groupes, trop de contraintes de temps, de financement, etc. Je crois qu’il est nécessaire d’avoir une grande détermination, beaucoup d’énergie, croire en son projet et tenter d’être le plus inventif possible.
Ajoutez à tout cela un peu de chance dans ses rencontres, une belle capacité à encaisser les déceptions et les critiques, beaucoup de patience… et la foi du charbonnier !
Et comme toujours retrouvez l'analyse de nos voix IA pour les malvoyants : Lyra et Magnus.